La peinture de Françoise Roullier

 

Il y a des peintures accessibles au premier regard : le regard plonge, l'âme le suit et le bonheur de voir s'installe.


La peinture de Françoise Roullier n'est pas de cette eau là.


Cette peinture n'est pas faite pour être regardée mais contemplée. Il faut prendre son temps comme on peut le faire en visitant des amis perdus de vue.

 

Rentrer dans cet univers oblige un lâcher prise avec toutes nos références quotidiennes.
Nous sommes, ici, aux antipodes du « faire joli ».


Ici, nous touchons à l'authentique, en tous cas au cœur de l'authentique de Françoise Roullier, et l'authenticité, en peinture comme ailleurs devient tellement rare qu'elle oblige à la plus grande attention.

 

Voir une toile de Françoise Roullier, c'est imaginer son cheminement : la toile vierge, elle devant, pinceaux en mains...
L'angoisse du vide, de la toile blanche, l'angoisse de ce monde sans queue ni tête... alors, elle charge, elle charge de tout, souvent d'un bleu surnaturel comme un fonds du monde avec des rythmes dans les rouges.

 

Et là commence le miracle de la peinture.
De « sa » peinture.
Ici et là, par petites touches subtiles, tout çà s'humanise, donne du sens, un sens humain.
Et cette peinture « abstraction lyrique » devient tout autre chose, beaucoup moins abstraite et, avec elle, le lyrisme change de chant et Vivaldi fait ses noces avec Gainsbourg...

 

La peinture de Françoise Roullier ne se regarde pas, elle se contemple.
Envoûtant.

 

Gérard Marchand